#RDVAncestral

#RDVAncestral n°19 : « la (non)reconnaissance. »

Chaque troisième samedi du mois, il est possible de partir à la rencontre de ces ancêtres. Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature et généalogie. L’idée principal de ce rendez-vous est de partir à la rencontre de ces ancêtres, à l’époque choisi, et d’imaginer la suite. Vous pouvez retrouver les rencontres de tous les participants sur le site http://www.rdvancestral.com.


Nous sommes le 28 juillet 1930. La place sur laquelle je me trouve m’est très familière : Leforest est la ville qui m’a vue grandir. Je peux reconnaître beaucoup de façades, avec un aspect différent, mais le centre-ville a énormément changé ! Derrière un mur d’enceinte en briques rouges se trouve l’énorme usine de tuiles qui tourne à plein régime à en juger par l’abondante fumée qui s’enfuie des cheminées. Un bruit de fracas métallique et régulier attire mon attention ; le maréchal ferrant est encore à l’oeuvre. Au bout de la rue, le portail en fer forgé est déjà là mais il abrite encore le château qui m’accapara beaucoup de temps parmi mes recherches. Je suis dévoré par l’envie de m’approcher mais ce n’est pas la raison de ma venue et je n’ai que très peu de temps.

En face de moi se trouve l’Église. C’est là le lieu de mon rendez-vous. L’édifice a une allure un peu décrépie. Il n’a pas encore subi les différentes phases de restaurations qui vont commencer. Je pousse la lourde porte, encore ouverte à une époque où on ne craignait pas les voleurs. L’entrée donne sur un narthex ouvert directement sur la nef. Cette dernière est baignée de lumière grâce aux quatre vitraux de chaque côté. La nef donne directement accès au choeur, chaque espace étant délimité par une petite rambarde en bois sculptée. Sur les huit colonnes doriques sont suspendus des étendards bleu-roi avec divers symboles catholiques. Deux rangées de vieilles chaises emplissent l’espace. Au milieu de l’une d’elle, un homme seul est assis les mains jointes, les yeux fermés et ses lèvres murmurant ce que j’imagine être une prière. Ses cheveux noirs d’encre sont toujours très bien coiffés et il porte déjà une petite moustache qu’il n’a jamais rasé. Il est la raison de ma visite ici, il y a presque un siècle.

 

Chaque mois, on me donne la chance de pouvoir rencontrer, de manière brève, un de mes ancêtres. Aujourd’hui, je vais discuter avec Alphonse Marcout. Un ascendant sur lequel j’ai beaucoup travaillé et dont l’histoire m’a passionné : il voulait qu’on se souvienne de lui. Et ce lundi n’allait pas de ce sens.

Je m’avance dans l’allée centrale et vais m’asseoir à sa gauche. Il me dit à voix basse :

– Bonjour. Je vous attendais. On m’a averti de votre visite un peu particulière.

– Bonjour Alphonse. Je suis très heureux de pouvoir vous rencontrer, dis-je sur le même ton. Je suis le petit-fils d’André.

Il tourna son regard vers moi, les yeux rempli de larmes.

– Si vous êtes ici aujourd’hui, c’est donc que vous savez qui je suis ?

– Bien sûr, le rassurai-je. Mon grand-père m’a beaucoup parlé de vous.

Il serra de nouveau les mains en fermant les yeux, un sourire aux lèvres pour réponse. Je savais la raison de sa présence ici. Ce matin, ses jumeaux sont nés. André, mon grand-père et sa soeur jumelle, Jacqueline. Ces naissances étaient à la fois joyeuses et tristes. Joyeuse car il venait de devenir père, quelque chose de très cher à sont coeur, et triste, car il ne sera jamais officiellement leur père. Il ne se déclarera pas à la mairie.

En effet, Alphonse s’était marié à Rosalie Henno en 1913 dans des temps compliqués qui l’amenèrent à partir faire la guerre. Le Nord étant occupé par les allemands, il revint dans son village qu’à partir de 1919. Le jour de son retour, il eut la très mauvaise surprise de découvrir que sa femme, pendant son absence, avait donné naissance à deux enfants. Il eut le coeur déchiré, quitta sa maison. Plus tard, il rencontrera Marthe, la mère de mon grand-père. 

Le grand malheur d’Alphonse, c’est qu’il était un homme d’honneur et très pieux. Il n’a jamais divorcé avec Rosalie. Il s’était marié à l’Église et avait prêté serment devant Dieu. Aujourd’hui, ses deux enfants viennent de naître, mais il ne pourra jamais les reconnaître. S’il fait cela, il avouera sa faute.

L’heure est venue pour moi de partir. Je pose une main sur l’épaule d’Alphonse en disant : 

– Vos descendants ne vous oublierons jamais. Vos enfants y veilleront.

Je me levai en réempruntant l’allée centrale. Je quittai l’Église et son époque.


Ceci est mon premier vrai article (même s’il n’en est pas vraiment un !) sur mon blog. Ce #RDVAncestral va me servir de témoignage. En effet, au cours de ma généalogie, j’ai croisé beaucoup de fille-mère. Pas de mari connu, pas de reconnaissance des enfants. Dans la majorité des cas, cela veut dire que la branche du père est à jamais perdue.

Dans ce cas présent, j’ai eu la chance de pouvoir en discuter avec mon grand-père, autour de photos, comme à son habitude. Il m’a toujours parlé de son père, Alphonse. Il ne l’aura pourtant connu que 5 ans. Il décédera en 1935 des suites d’une maladie causée par la mine.

Quand on réalise un arbre généalogique, il est important d’en parler avec sa famille. Les grands-parents sont d’une grande richesse en apport d’informations. Souvent essentielles ! Ici, si mes grands-parents ne m’avait jamais parlé d’Alphonse, je n’aurai jamais pu le retrouver. C’est tout de même lui qui est allé annoncer la naissance de ses enfants à la mairie, mais il figure sur l’acte en tant que témoin de la naissance.

Prenez le temps de discuter en famille de vos ancêtres ! Les photos sont souvent un bon prétexte pour amener le sujet. Si vous débutez votre arbre à ce moment, pensez à en dessiner un que vous complèterez au fur et à mesure.

Emile.

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« Les carnets de Julienne ». Pourquoi ce nom ?

Cela fait quelques temps que l’idée de créer un blog sur ma généalogie me trotte dans la tête. Je ne me suis jamais lancé puis en vadrouillant sur les autres blogs, j’ai enfin décidé de franchir le pas ! Pourquoi pas moi ?!

Le plus difficile : trouver le nom ! J’ai longtemps cherché puis l’illumination : « Julienne & Cie ». Puis très vite, la desillusion. Un autre blog possède un nom très similaire. Je réfléchi de nouveau, voulant toujours faire apparaître le nom de Julienne, très importants pour moi. Je voulais à tout prix éviter les jeux de mots avec ancêtres, aieux, temps, généa…

Puis je me suis arrêté sur « Les carnets de Julienne ». Julienne, ce n’est pas moi. C’était mon arrière-grand-mère et la plus ancienne ascendante que j’ai eu la chance de connaître. C’était une femme d’une extrême gentillesse qui dorlottait ses petits et arrière petits-enfants. Mes premières arbres généalogiques, même si à l’époque je n’en avais pas conscience, ce fut avec elle que je les réalisais. Elle m’asseyait sur ses genoux, prenait ses photos délicatement classées dans des carnets et me décrivait chaque personne qui y figurait. J’étais encore très jeune et ne me souviens malheuresement plus des anecdotes qu’elle m’a racontées sur ses parents et sa jeunesse… Je ne possédais pas encore la sale manie de prendre des notes !

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Les années se sont écoulées et jamais l’idée de faire mon arbre généalogique ne m’est venue à l’esprit. Jusqu’au jour où en accompagnant mon cousin aux archives départementales afin de retrouver un soldat de notre famille, je suis tombé par hasard sur mon homonyme au détour des archives. Etait-il de ma famille ?

Mon premier but en généalogie était de savoir si cet « autre moi » était un cousin. J’ai commencé par remonter ma branche patronymique et retrouver le prénom de mon grand-père, que je ne connaissais pas. Je reviendrai sur cet événement dans un autre article, mais j’ai fini par découvrir qu’il s’agissait du frère de mon arrière arrière grand-père. Je voulais faire de la généalogie le temps de retrouver ce lien de parenté, et aujourd’hui 10 ans plus tard, je ne me suis jamais arrêté.

Devenu papa depuis 2 ans, j’ai décidé de réaliser l’ascendance la plus complète de mes fils. A l’heure actuelle, j’ai découvert l’intégralité des ancêtres sur 12 générations. 16 pour certaines branches. Depuis peu, je développe la recherche de cousins plus ou moins éloignés.

Ce blog est pour moi un bon moyen de vous faire partager mon arbre, mes ancêtres, mes découvertes insolites… Simple visiteur ou membre de ma famille, je te souhaite la bienvenue dans « les carnets de Julienne ».

Emile.